Recently I was visited by a very good friend who had just returned from a long walk in the woods, and I asked her what she had observed. 'Nothing in particular,' she replied. I might have been incredulous had I not been accustomed to such responses, for long ago I became convinced that the seeing see little.

How was it possible, I asked myself, to walk for an hour through the woods and see nothing worthy of note? I who cannot see find hundreds of things to interest me through mere touch. I feel the delicate symmetry of a leaf. I pass my hands lovingly about the smooth skin of a silver birch, or the rough, shaggy bark of a pine. In spring I touch the branches of trees hopefully in search of a bud, the first sign of awakening Nature after her winter's sleep. I feel the delightful, velvety texture of a flower, and discover its remarkable convolutions; and something of the miracle of Nature is revealed to me.

-Helen Keller, Three Days to See (1933)
NB: Helen Keller was deaf-blind.

Saturday, April 2, 2011

J’aimerais vous parler de l’art

J’aimerais vous parler de l’art – non pas l’art de la médecine, mais l’art, muse de l’esprit. Son appréciation est universelle, et pourtant on s’aventure rarement dans sa discussion, on ne s’interroge point sur son sens.

Feu Anatole Broyard, ancien essayiste et éditeur du New York Times Book Review, écrivit de ses interactions avec les médecins qui le soignaient pendant qu’il était atteint d’un cancer de la prostate métastatique :

Pour le médecin typique, ma maladie est un incident routinier durant sa tournée, tandis que pour moi c’est la crise de ma vie. Je me sentirais mieux si j’avais un médecin qui du moins percevait cette incongruité… Je voudrais seulement qu’il… me donne son esprit entier qu’une seule fois, qu’il s’attache à moi pour une brève espace, qu’il étudie mon âme ainsi que ma chaire, pour atteindre maladie, car tout homme est malade de sa propre façon.

Son éloquence est touchante, n’est-ce pas ? Artistique même. Malheureusement, ce n’est pas comme ça que les patients communiquent avec nous. Si c’était le cas, l’empathie du médecin serait un acquis. Or, malgré la parole plutôt terne qu’il employait sans doute quand il voyait ses médecins, M. Broyard ressentait surement les émotions qui sont si évidentes dans cette citation.

L’appréciation de l’art, c’est la perception de l’émotion - du sens - d’un collage de pigments, d’un assemblage de sons, d’une séquence de lettres. Et même si une œuvre est représentative – tel un portrait – le sujet nous est d’habitude étranger. Cette appréciation ne se fait pas par une analyse assidue des détails sensoriels; au contraire une telle approche peut nuire à l’expérience pure de l’art dans le moment. L’apparition du sens d’une œuvre dépend plutôt d’un certain recul analytique et d’une véritable ouverture de l’esprit. En filtrant les faits de notre bouillie phénoménale, on isole un élixir d’émotion et de symbolisme capable de pénétrer même dans le cœur d’un soldat drapé d’épaisses d’armures.

Experts par nécessité dans le processus contraire, l’art (ainsi que l’amour et les enfants) est une muse indispensable aux médecins pour garder une vision humaine des êtres patients.